Développer dans un monde changeant

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La communauté scientifique estime que plus de 1 million d’espèces sont présentement menacés d’extinction. Avec l’accélération des changements climatiques et le bouleversement des écosystèmes ce chiffre est voué à augmenter.

Chaque espèce remplit un rôle unique dans son écosystème : certaines participent à la pollinisation, d’autres régulent les populations d’insectes ou servent de maillon essentiel dans la chaîne alimentaire. La disparition d’une seule espèce peut entraîner un déséquilibre écologique aux effets parfois insoupçonnés. Le bien être humain repose sur la santé de ses écosystèmes. Parmi, les services que nous rende les natures on retrouve notamment l’eau douce, les pêcheries, l’agriculture, la régulation du climat et bien d’autres encore.

Protéger ces espèces, c’est également protéger la qualité des milieux naturels, les services écologiques dont dépendent les communautés, et même parfois notre propre santé. Dans un contexte où les changements climatiques amplifient les pressions sur la biodiversité, les contraintes liées à la présence d’espèces à statut sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes et complexes. Leurs présences peuvent entraîner des répercussions importantes sur le déroulement et la viabilité des projets. C’est pourquoi il est essentiel de les anticiper et de les intégrer dès les premières étapes de la planification, afin de réduire les risques et de s’assurer la conformité réglementaire.

Des enjeux réglementaires incontournables

La présence d’espèces à statut sur un site projeté entraîne inévitablement son lot de contraintes réglementaires. Cette contrainte peut aller d’un arrêt temporaire des travaux, de la nécessité d’effectuer une demande de permis supplémentaires jusqu’à l’interdiction pure et simple de développement. Identifier ces espèces dès le début permet donc de prévenir les mauvaises surprises. Un inventaire mal planifié ou réalisé trop tard pourrait compromettre l’échéancier et engendrer des coûts importants.

Au-delà des contraintes réglementaires, comme on a pu le voir avec la rainette faux-grillon ou encore le caribou forestier, la présence d’espèce à statut peut représenter un risque substantiel pour un projet avec les espèces ayant les statuts de protection les plus sévères. Les mesures de protection implémentées peuvent rapidement changer et rendre un projet non viable.

Le bon moment au bon endroit

Un inventaire efficace repose sur trois piliers : la bonne période, le bon habitat et les bonnes méthodes. Plusieurs espèces à statut sont détectables uniquement à certains moments de l’année (période de floraison, de migration ou de reproduction). Les manquer peut signifier devoir attendre l’année suivante pour refaire les relevés. De plus, il est essentiel de cibler les bons habitats potentiels à l’aide de données écologiques, de cartes et d’analyses préliminaires.

Anticiper pour mieux atténuer

La planification des inventaires permet aussi de réfléchir en amont aux mesures d’atténuation ou de compensation. Lorsqu’une espèce est détectée, il est parfois possible d’ajuster le tracé d’un projet, de préserver une zone sensible ou d’aménager un habitat favorable ailleurs. Ces solutions, simples sur le papier, nécessitent cependant du temps, de la concertation et des données fiables. En planifiant tôt, on se donne les moyens d’une cohabitation harmonieuse entre développement et conservation.

En conclusion, la planification des inventaires d’espèces à statut n’est pas un luxe, mais une nécessité stratégique. Elle permet d’éviter des obstacles majeurs, de gagner du temps, de réduire les coûts et de s’assurer que votre projet soit porteur de valeurs, autant pour la société que pour l’environnement.

Jean-Sébastien Berthelot, biologiste – Chef d’équipe par intérim, Écologie et milieux naturels